Cerf

que fait le prince charmant ?

/qu'on saisisse le fil de quelque vie fantasmée et l'on voir surgir immanquablement un prince ou une princesse / doubles psychanalytiques déformants // déformés / témoins de nos existences jour après jour marchandées / mais on sait qu'il faut peu de vie à consumer pour raidir des rêves d'une insoutenable légèreté pour qu'apparaissent les signes d'une commune gravité / un poids / un contour / une couleur / une ombre / que fait le prince charmant est l'appartement témoin le lieu de la superposition de nos parcours trop réels et nos vies de côté / ébauches de corps sur débauches de rêves / candeurs infinies sur réalités trop courtes / on s'y trouve alors dans le temps des rites / des mariages et des deuils / préparatifs et attributs de la fête // et lendemains / dans la matière qui fait l'espoir de toutes celles qui sont là encore à nous demander des contes.

c. oliveira

 

que fait le prince charmant ?

what about passion

 

"j'ayme estre libre, et veulx estre captif"

ronsard

 

L'art et la nature, le hasard et la mesure font bon calcul et bonne aventure et bon manège et prodiguent la perfection prise à un ensemble humain (corps/esprit) qui tient en servage celle ou celui qui l'a regardée, qu'elle dé-visage et décompose, et on ne la, ne le, reconnaît plus, le coeur se lâche et s'attache, séduit, conquiert et enclôt la raison qui prend un siège et patience, il envoie mille messages au corps, où les tempes battent, les doigts tremblent, les joues brûlent, les jambes tanguent, les yeux brillent, la main timide, la langue fourche, dans un parfait désordre, où le sang bat dans le bas-ventre, afflue, abonde, inonde ; on a chaud, il fait froid, on a froid, il fait chaud ; le rouge est la couleur reine et le coeur (dans sa cage), à l'étroit, pourtant grossit, gonfle, exagère, endure, gronde et réclame cent-soixante-treize fois minute, s'en libère brutalement et s'y oppresse doucement, et ne lui chaut que la raison, de sa prison, le lance et le relance, et le tance que ce mot qui tant travaille, domine, dévore, "passion", est emprunté très précocement au verbe pâtir, rappelant que quand tu aimes il faut pâtir, que les sens contraires s'épousent, l'oxymore règne sur chaque pièce de la mécanique intérieure qu'il essoufle et qui rougit d'intense activité, nulle n'étant au repos pendant le transport, le mouvement violent du coeur, et chacune tant active qu'à la fin elle se lasse, la mécanique, que le rouge devient la douleur reine, fait plus maux que bien, mal que biens, et que la raison, qui a toujours plus que le coeur raison, reprend peu à peu dans le débat-combat le dessus parce qu'elle préside à la vie cette vie que le coeur sape et mine et ronge et ôte quand il se tait ; elle quittera la douce prison parce que le coeur a pompé sa propre énergie, elle sortira mais fatiguée par l'exercice d'amour, recrue de souffrance, mais composera un visage humain à l'être revenu, relâché, détaché, réduit, parmi les siens; entendez-moi, passion: littérature-
jean-pascal dubost avril 2003

Suite de l'exposition